Tom Quartz DITIONS (c) Ce myst rieux Anglais me tient sous un charme, je ne peux plus me passer de lui. Depuis que je le connais, la pr sence des autres m'est devenue plus intol rable encore, leur conversation surtout Oh comme elle m'angoisse et comme elle m'exasp re, et leur attitude, et leur fa on d' tre ... Les gens de mon monde, mes tristes pareils, comme tout ce qui vient d'eux m'irrite et m'attriste et m'oppresse, leur vide et bruyant bavardage, leur perp tuelle et monstrueuse vanit , leur effarant et plus monstrueux go sme, leurs propos de club Le ressassage des opinions toutes faites et des jugements appris, le vomissement automatique des articles lus, le matin, dans les feuilles et qu'on reconna t au passage, leur d sesp rant d sert d'id es, et l -dessus l' ternel plat du jour des clich s trop connus sur les curies de courses et les alc ves des filles... et les loges des petites femmes Les petites femmes... autre loque de langage, la sale usure de ce terme avachi ... O mes contemporains, mes chers contemporains... leur idiot contentement d'eux-m mes, leur suffisance panouie et grasse, le stupide talage de leurs bonnes fortunes, les vingt-cinq et cinquante louis sonnant de leurs prouesses tarif es toujours aux m mes chiffres, leurs gloussements de poules et leurs grognements de porcs, quand ils prononcent le nom de certaines femmes, l'ob sit de leurs cerveaux, l'obsc nit de leurs yeux et la veulerie de leur rire Beaux pantins d'amour en v rit , avec l'affaissement esquint de leurs gestes et le d mantibul de leur chic (le chic, un mot hideux qui sied comme un gant neuf leur allure, affal e, de croque-morts, panouie, de Falstaff)... (...) Pourquoi Ethal a-t-il veill en moi ce d cha nement de haine ... Certes, cette horreur des hommes, cette abomination des mondains surtout, je les ai toujours eues en moi, mais comme assoupies et couv es sous la cendre, latentes... Mais depuis que je le vois, c'est comme un ferment qui s'aigrit et bouillonne, une fureur me soul ve tout, comme un vin nouveau, un vin d'ex cration et de haine; tout mon sang bout, toute ma chair me fait mal, mes nerfs s'exacerbent et mes doigts se crispent, des envies de meurtre traversent mon cerveau... Tuer, tuer quelqu'un, oh comme cela m'apaiserait, teindrait ma fi vre... et je me sens des mains d'assassin. Si c'est l la gu rison promise et pourtant la pr sence et la conversation de Claudius me sont un bien- tre, sa pr sence me rassure et sa voix me calme... Depuis que je le vois, les figures d'ombre qui grima aient autour de moi sont moins distinctes, je n'ai plus l'obsession lancinante des masques, ... et le vertige des yeux verts, des glauques prunelles de l'Antino s s'est vanoui ... Les yeux, les yeux, je n'ai plus la folie des yeux, cet homme a enchant mon mal; sa conversation est d'un tel charme, c'est un tel veilleur d'id es, ses moindres phrases trouvent en moi de tels chos. Ce sont mes pens es, m me les plus lointaines, les pas encore n es, celles que je ne soup onnais pas, que sa parole voque et fait na tre. Ce myst rieux causeur me raconte moi-m me, donne un corps mes r ves, il me parle tout haut, je m' veille en lui comme dans un autre moi plus pr cis et plus subtil; ses entretiens m'accouchent de moi-m me, ses gestes fixent mes visions, et je lui dois la lumi re et la vie. Il a dissip , cart mes t n bres; des spectres ne m'y menacent plus. Et pourtant cette haine atroce et cette fureur de meurtre qui grandissent C'est une des phases de ma gu rison, peut- tre, car je gu rirai, Claudius me l'a promis. Livre broch ISBN 978-1505627831 galement disponible au format num rique.