Apres avoir enfin mange, nous nous etions couches chacun dans notre tente, et j'etais heureux de m'imaginer demain a Copenhague. Je me disais que le voyage avait ete facile jusque-la, mais etais aussi bien conscient que ce n'etait que le debut, que nous etions toujours dans un pays dont le fonctionnement ne nous etait pas inconnu, parce qu'Europeens, et je concevais encore difficilement que dans quelques mois nous aborderions la frontiere turque, puis iranienne... Cela me semblait si surprenant, du domaine de l'impossible meme, qu'il devait sans doute survenir un evenement malencontreux pour nous en empecher. Notre depart, et l'impossibilite que je m'imposais de revenir en arriere, avaient rapproche cette echeance dans le champ des possibles, et pourtant la hate que j'avais de l'atteindre se transformait maintenant en peur qu'elle puisse se derober a nous.