L'intervention de la chaleur, c'est-a-dire du principe du feu, dans les phenomenes de la nature est trop frappante et trop considerable pour avoir ete jamais meconnue, et la maniere de la comprendre a ete l'origine de la plupart des theories physiques et physiologiques qui se sont succede depuis l'antiquite jusqu'a nos jours. Chaque changement profond eprouve par cette conception a ete correlatif avec une revolution dans les idees, des philosophes naturalistes. Mais la plus considerable peut-etre de ces revolutions qui nous ait ete rapportee dans l'histoire de la science est celle dont Lavoisier fut le promoteur. Jusque-la le feu etait assimile aux autres elements ; tandis que cette revolution a separe nettement et sans retour la nature du calorique, soustrait par essence aux actions de la pesanteur, de celle des matieres ordinaires, qui y sont soumises ; et elle a fait disparaitre en meme temps la notion traditionnelle des elements d'autrefois : ces elements ont perdu leur caractere substantiel, et ils ont fait place aux etats generaux des corps, etat solide, etat liquide, etat gazeux, regles et definis par l'action plus ou moins intense de ce meme calorique. Cette revolution a ete la consequence des experiences de Lavoisier sur l'oxydation des metaux et sur la combustion, sur la respiration et sur la chaleur animale, consequence hautement declaree par ce grand inventeur, et poursuivie par lui dans tout l'ensemble des phenomenes, avec une methode et une logique invincibles. Je vais essayer de retracer l'enchainement de ses decouvertes.