A ne voir que le titre de cet Ouvrage, on ne s'imaginerait pas qu'on y a rassembl tout ce qui se trouve dans les Auteurs Latins, Grecs, Arabes, Persans, pour composer non seulement l'Apologie, mais l' loge des Chats. Quelque plaisant que puisse para tre ce dessein, l'ex cution l'est infiniment davantage, et rien n'est plus comique que le s rieux de l'Auteur. Il met tout en oeuvre pour rehausser la gloire des Chats: l'ancienne Mythologie, l'Alcoran, les observations des Philosophes, les Proverbes, et tout cela l'occupe dans onze Lettres; car il a partag ainsi son Ouvrage, pour viter un inconv nient assez ordinaire. En vous permettant pour ainsi dire de quitter son Ouvrage pour le reprendre une autre fois, il vous donne une avidit de le lire tout entier, que vous ne sauriez vous emp cher de satisfaire. Journal historique. Ce n'est pas cause d'une plaisanterie de salon ou d'un pari vain comme seule la mondanit d soeuvr e sait en produire que Fran ois-Augustin Paradis de Moncrif publia, en 1727, L'Histoire des chats. Adress sous forme de lettres la marquise de B**, d fendant le Chat, notes, citations, r f rences, gloses, commentaires, scolies r elles ou suppos es l'appui... invoquant tout propos l'autorit d'Aristote, de Plutarque, de Lucien, d'H rodote ou de Diodore de Sicile... son ouvrage porta ses fruits: les critiques furent ravis, ses lecteurs aussi, et le Chat, pers cut depuis le Moyen ge, retrouva la place qu'il avait perdu dans les coeurs et dans les foyers. Le coeur ne vous a-t-il point battu toute cette soir e, Madame ? On a parl des Chats dans une maison d'o je sors; on s'est d cha n contre eux, et vous savez combien cette injustice-l co te supporter. Je ne vous rapporterai point tous les ridicules et tous les vices dont les Chats ont t accus s. Je serais bien f ch de les avoir redis. J'ai tent de d fendre leurs cause: il me semble que j'ai parl raison; mais dans les disputes, est-ce avec cela qu'on persuade ? Il aurait fallu de l'esprit. O tiez-vous, Madame ? J'ai soutenu d'abord la sortie qu'on m'a faite avec ce sang-froid et cette mod ration qu'on doit garder en exposant les opinions les plus raisonnables, quand elles ne sont pas encore bien tablies dans les esprits: mais il est survenu un incident qui m'a absolument d concert . Un Chat a paru, et d'abord une de mes Adversaires a eu la pr sence d'esprit de s' vanouir. On s'est mis en col re contre moi; on m'a d clar que tous les raisonnements de la Philosophie ne pourraient rien contre ce qui venait de se passer; que les Chats n'ont t , ne sont et ne seront jamais que des animaux dangereux, insociables. Ce qui m'a p n tr de douleur, est que la plupart de ces Conjur s sont gens de beaucoup d'esprit. Il faut que je vous confie un grand projet, Madame. Parmi tant de faits m morables qu'on a cherch claircir et mettre en ordre, on n'a point encore song faire l'Histoire des Chats: n'en tes-vous pas bien tonn e ? Hom re n'avait pas trouv indigne de sa Muse de d crire la guerre des Rats et des Grenouilles. Un des chapitres de Lucien, trait avec le plus d'agr ment, est la louange de la Mouche: et les nes ont eu la satisfaction de voir faire leur loge. Comment les Chats ont-ils t n glig s ? Je n'en serais pas surpris, s'il fallait, pour composer un Ouvrage leur gloire, avoir recours l'imagination: mais d s qu'on porte ses regards sur les Chats des si cles pass s, quelle foule d' v nements, plus int ressants les uns que les autres, ne d couvre-t-on pas ? Avant que d'en exposer le tableau, on para trait bien ridicule, si on osait avancer qu'il y a eu tel Chat dont la vie peut- tre a t plus brillante et plus travers e que celle d'Alcibiade et d'H l ne. Premi re lettre Madame la marquise de B*** (Extrait) dition annot e et illustr e (en